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Écrire mobilise de nombreuses compétences. Il faut bien sûr savoir s’exprimer, maîtriser les règles de grammaire et d’orthographe, mais un texte ne se réduit pas à sa seule production linguistique. Sa lisibilité dépend aussi des signes qui le ponctuent.

La présence de signes de ponctuation permet de préciser le sens ou les nuances d’une phrase, de se repérer dans un texte, de hiérarchiser les informations, de respirer au bon endroit… Ces signes facilitent la lecture et sont indispensables à la compréhension de l’écrit.

Mais comment les espaces autour des signes doivent être gérés ? Y a-t-il des règles à respecter ? Quid des conventions typographiques à ce sujet ?

Il n’existe en réalité pas, en typographie, d’autorité suprême à laquelle se fier. Les spécialistes traitant du sujet s’inspirent généralement des règles utilisées par le plus grand nombre. Il est fort utile de s’y référer mais il faut toutefois garder à l’esprit que quelques conventions énoncées peuvent différer selon l’auteur.

Voici cependant quelques règles plutôt unanimes qui vous permettront d’acquérir de bonnes bases en matière d’usages typographiques si vous écrivez sur le web.

 

 

LES TYPES D’ESPACES (ou blancs) EN TYPOGRAPHIE

 

Notons tout d’abord que le mot espace est (généralement) féminin en typographie. En effet, ce terme désignait à l’origine la lamelle qu’on intercalait entre les caractères de plomb pour séparer les mots les uns des autres lors de l’impression.

À l’heure actuelle, les techniques d’impression n’utilisent plus ces éléments physiques. Les typographes continuent cependant d’employer le féminin lorsque le mot espace désigne le blanc obtenu entre les mots imprimés sur papier.

Dans le langage courant, il n’est pas incorrect d’utiliser espace au masculin puisque ce terme sert aussi à désigner un intervalle entre deux objets. Les puristes (dont je fais partie) préfèrent utiliser le genre féminin pour évoquer le caractère d’imprimerie mais dans tous les autres cas de mise en page, avant ou après un paragraphe, autour d’un texte ou d’une image, le mot espace est bien masculin.

Précisons qu’à l’époque de Gutenberg, les typographes n’utilisaient qu’une seule lamelle pour séparer les mots. Par conséquent, il n’y aura jamais plus d’une espace entre deux mots (ou entre un signe de ponctuation et un mot).

La typographie dispose d’un vaste choix d’espaces mais, sur le web, sont privilégiés deux types qu’il est important de connaître : les espaces sécables et insécables. 

 

Les espaces sécables

Qualifiées aussi de justifiantes ou de variables, les espaces sécables sont obtenues tout simplement en appuyant sur la barre d’espacement du clavier.

D’au moins la même largeur qu’un caractère, ces espaces peuvent être augmentées par votre logiciel de traitement de texte pour justifier un paragraphe. Elles sont en quelque sorte la variable d’ajustement qui permet d’adapter chaque ligne du texte à la marge définie.

L’espace sécable permet au système de couper une phrase ou un groupe de mots à son endroit. En fin de ligne, cette espace est systématiquement supprimée.

 

Les espaces insécables

Il s’agit d’espaces qui lient des mots et des signes afin de les empêcher de se retrouver sur deux lignes différentes. Une ligne ne pourra en effet jamais être coupée à l’endroit où se trouve une espace insécable (d’où son nom).

Ainsi, on utilisera l’espace insécable pour éviter des coupures de ligne mal placées, telles qu’au beau milieu d’une date ou d’un chiffre avec séparateur de milliers par exemple.

De même, une espace insécable placée juste avant un signe de ponctuation évitera à ce dernier de se trouver rejeté et isolé en début de ligne suivante.

Les logiciels de traitement de texte insèrent souvent ces espaces insécables de façon automatique, notamment avant certains signes de ponctuation.

Il faut cependant parfois les placer manuellement grâce à une touche spéciale :

Sur Mac : Alt + barre d’espace ; sur PC : Ctrl + Maj + barre d’espace

Si vous cherchez l’entité html pour obtenir une espace insécable, un signe de ponctuation en particulier ou tout autre signe, le site de toptal designers est une véritable mine d’or.

Dans les CMS, certaines extensions (ou plugins) peuvent gérer les règles typographiques. C’est le cas de French Typo qui permet d’appliquer les règles de la typographie française aux articles écrits dans WordPress.

Jusqu’à ce jour, je n’ai pas trouvé le moyen d’ajouter une espace insécable lorsqu’on écrit directement sur les plateformes de réseaux sociaux. Si vous connaissez l’astuce, n’hésitez pas à la partager !

 

 

OÙ PLACER LES ESPACES ?

 

Les logiciels de traitement de texte gèrent généralement les espaces relatifs aux signes de ponctuation. Si on tape sur la touche virgule juste après un mot, celle-ci sera accolée à ce dernier. S’il s’agit d’un point d’exclamation, une espace insécable apparaîtra automatiquement entre le mot et le signe.

Cependant, lorsqu’on publie directement du contenu sur les réseaux sociaux, on se retrouve sans filet. Il est donc important de connaître les règles typographiques de base pour éviter des erreurs inopportunes d’espacement.

On recense un peu plus d’une dizaine de signes de ponctuation dans la langue française mais je ne parlerai ici que des plus usités. Aussi, pour faciliter la mémorisation des règles, j’ai fait le choix de regrouper certains signes selon des caractéristiques communes.

 

Virgule et point

Ces deux signes de ponctuation sont simples. Ils sont constitués d’un élément graphique unique.

La virgule et le point sont toujours accolés au mot qui les précède, sans espace. Ainsi, ils ne pourront jamais être rejetés à la ligne suivante.

Exemple :

Ce fut un éblouissement. Ce qui franchit ainsi la barrière de mes dents, ce n’était ni matière ni eauseulement une substance intermédiaire qui de l’une avait gardé la présence, la consistance qui résiste au néant et à l’autre avait emprunté la fluidité et la tendresse miraculeuses. Le vrai sashimi ne se croque pas plus qu’il ne fond sur la langue.

Après la virgule comme après le point, on ajoute une espace sécable. Le traitement de texte pourra, le cas échéant, insérer un saut de ligne à cet endroit.

Voici un moyen mnémotechnique pour se rappeler du nombre d’espaces :

1 élément graphique = 1 espace (après)

 

Point d’exclamation, point d’interrogation, point-virgule et deux-points

Chacun de ces signes de ponctuation est constitué de deux signes graphiques.

Dans la typographie française, il convient d’utiliser une espace avant et une espace après. Avant le signe, on insèrera une espace insécable afin d’éviter qu’il ne soit rejeté seul en début de ligne suivante. Après le signe, à l’instar de la virgule et du point, on ajoutera une espace sécable qui autorisera un saut de ligne le cas échéant.

Exemples :

Ô violence de l’effet  ! C’est une déflagration de piment et d’éléments déchaînés qui détone soudain dans la bouche. 

Mais de quoi d’autre  ? De quoi d’autre que de pain vivent les hommes sur la terre  ?

Un clown, un cadeau, un clone  : il était les trois à la fois.

Jamais elle ne me déçut ; ses plats, toujours, me désarçonnaient jusqu’au sang.

On pourra retenir que les signes qui appellent une espace avant et une après sont ceux qui sont composés de deux éléments graphiques :

2 éléments graphiques = 2 espaces (avant et après)

Précisons que ces règles peuvent différer selon le pays. Les francophones canadiens, par exemple, ignorent les espaces avant les points d’interrogation, d’exclamation, points-virgules et deux-points, suivant ici peut-être les règles de typographie anglo-saxonnes.

 

Points de suspension

Les points de suspension sont toujours composés de trois points (ni plus, ni moins) mais il s’agit en définitive d’un seul signe typographique.

Ils suivent donc les mêmes règles d’espacement que le point : pas d’espace avant, une espace sécable après.

Exemple :

J’y suis presque. Le feu la glace la crème !

Lorsqu’on tape trois points successifs sur un traitement de texte, ce dernier transforme automatiquement la saisie en trois points espacés qui équivalent à un seul caractère. Il est possible d’annuler cette correction pour revenir à trois points successifs mais il s’agira alors de trois caractères distincts et non plus d’un seul. Savoir cela peut se révéler utile si l’on doit produire un texte au nombre de caractères limités.

La saisie des points de suspension peut se fait grâce à un raccourci clavier :

Sur Mac : Alt + .  ; sur PC : Ctrl + Maj + Alt + .

La bonne nouvelle est que cela fonctionne aussi sur les plateformes de réseaux sociaux !

 

Parenthèses et crochets

Les parenthèses et les crochets suivent des règles de typographie identiques.

Ces signes sont toujours accolés aux mots qu’ils encadrent. Ils ne risquent donc jamais d’être isolés.

Exemple :

À l’ombre d’un tilleul, devant la maison, une table était dressée et cinq personnes (quatre hommes et une femme) y finissaient de déjeuner.

Avant et après chaque ensemble entre parenthèses ou entre crochets, les espaces devront être sécables pour permettre un éventuel saut à la ligne.

 

Guillemets

Il existe deux sortes de guillemets. Les guillemets « français » et les guillemetsanglais.

Comme leur nom le laisse supposer, on devrait utiliser les premiers lorsqu’on écrit des textes en français tandis que les seconds seraient de préférence réservés aux textes anglophones. Sur la toile, la réalité est tout autre. Les guillemets ne semblent pas respecter de règle précise et nous n’avons d’ailleurs pas toujours le choix : nous nous trouvons parfois contraints d’utiliser les guillemets français ou les guillemets anglais selon la plateforme sur laquelle on écrit ou en fonction de l’appareil utilisé (ordinateur ou mobile).

De façon traditionnelle, la règle des espacements est la suivante : les guillemets français sont séparés des mots qu’ils encadrent par une espace (fine) insécable — ajoutée automatiquement par les traitements de texte ; les guillemets anglais, eux, sont accolés aux mots qu’ils encadrent.

 

Tirets

Il existe trois sortes de tirets : le tiret court, le tiret moyen et le tiret long.

Le tiret court sert de trait d’union pour les mots composés et n’admet d’espace ni avant, ni après. À noter au passage qu’il n’y a pas de trait d’union au mot trait d’union.

Exemple : ma grandmère

Le tiret moyen (ou demi-cadratin) est utilisé principalement dans les énumérations. Il est alors placé en début de ligne et suivi d’une espace.

Exemple :

Il y a quatre saisons dans une année :

– le printemps ;
– l’été ;
– l’automne ;
– l’hiver.

Le tiret long (ou tiret cadratin) est généralement utilisé pour les dialogues. Il est placé en début de ligne et est suivi d’une espace. Il peut aussi être utilisé pour remplacer des parenthèses, avec une espace (fine) insécable à l’intérieur des tirets et une espace sécable à l’extérieur.

Exemple :

Gaston le bienheureux c’était son nom continua à rendre visite à son ami.

Notons que l’usage de ces tirets a évolué et s’est assoupli au cours des dernières décennies. Le tiret long est toujours utilisé dans les écrits littéraires. Ailleurs, il est aisément remplacé par le tiret moyen, directement accessible depuis le clavier. Le tiret long, lui, doit être inséré via les caractères spéciaux.

 

Que faire si deux signes se suivent ?

Lorsque deux signes se suivent, c’est la règle du second qui s’applique.

Par exemple, si on veut placer une virgule après une parenthèse fermante, la virgule sera accolée à cette parenthèse. Il n’y aura pas d’espace entre les deux signes parce que la virgule est prioritaire pour l’application de la règle.

Exemple :

Le croirez-vous (il me sourit presque affectueusement), j’avais aussi une grand-mère dont la cuisine était pour moi un antre magique.

Dans le cas d’un point d’interrogation suivi de guillemets fermants, on placera une espace insécable entre les deux signes, par application de la règle d’espacement du second signe.

Exemple :

« Monsieur est chez lui ? »

Une exception : si on utilise des tirets en guise de parenthèses, le tiret d’incise ne sera pas fermé s’il est suivi d’une ponctuation finale, d’un point-virgule ou d’un deux-points.

Exemple :

Pléthore de crème, de lardons, une pointe de poivre noir, des pommes de terre dont je devine qu’elles viennent de Noirmoutier — et pas une once de gras.

 

 

CONCLUSION

 

Les règles de typographie énoncées dans cet article ne sont ni plus ni moins que des recommandations inspirées par l’usage. Elles concernent des textes rédigés en français et en France. Il est important de garder à l’esprit que, selon le pays où on se trouve, les règles peuvent différer, y compris si la langue est commune.

Si on ne souhaite pas suivre à la lettre ces recommandations, il me semble toutefois important de faire des choix cohérents que l’on appliquera à l’ensemble de son contenu. Je déconseille fortement, au sein d’un même texte ou d’un document, des usages différents pour un même signe de ponctuation. Au même titre que des coquilles orthographiques oubliées dans un texte, ces maladresses typographiques pourraient passer pour un manque de rigueur de la part de leur auteur.

Si vous souhaitez consulter ou imprimer une synthèse de ces règles d’espacement, c’est ici.

Aussi, n’hésitez pas à partager vos astuces typographiques ou orthographiques en commentaire. N’oublions pas que l’objectif de ce blog est de progresser ensemble !

N.B. : Les exemples de cet article sont tirés du roman Une gourmandise de Muriel BARBERY.

 

 

BIBLIOGRAPHIE et SITOGRAPHIE

 

Collectif (Auteur), Lexique des règles typographiques en usage à l’Imprimerie nationale, Paris, Imprimerie nationale, 2002, 196 p., ISBN 2743304820

Groupe de Lausanne de l’Association suisse des typographes, Guide du typographe – Règles de grammaires typographiques à usage des auteurs, éditeurs, compositeurs et correcteurs de la langue française, Lausanne, Ouvertures, 2000, 259 p., ISBN 9782884133203

J.-P. LACROUX, Orthotypographie, 2007, http://www.orthotypographie.fr/

J.ANDRÉ, Petites leçons de typographie, 1990, https://jacques-andre.fr/faqtypo/lessons.pdf

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